[Pharrell Williams]

VIEILLES CHARRUES, JOUR I

Vendredi 15 juillet, j’ai fait une nuit de 10h, je suis dans le Finistère, je pars pour les Vieilles Charrues, il fait beau, je suis aux anges.
Et puis Twitter.
Et puis Nice.
J’ai la chance d’avoir un cœur disposant d’un cran de sûreté, qui switch off automatiquement dans ce genre de situation. Ma réaction sera donc pragmatique : « Putain ils vont encore plus nous faire chier pour les fouilles… »

 

Sous le soleil, j’avale les bornes qui me rapproche du paradis, au son de La Radiolina de Manu Chao qui n’arrive pas totalement à occulter les quelques bribes d’infos lues avant de partir.
Il n’y a cependant et à mon avis, pas de meilleur endroit que les Vieilles Charrues pour vivre ces moments troubles et réaffirmer sa foi en l’être humain.

 

Pour la première année depuis 13, mes copains de camping plus jeunes sont devenus plus vieux et nous ne sommes qu’une poignée de rescapés à fouler le sol de Kerampuilh.
Pour la première année depuis 13, je suis la première à arriver et j’ai donc la lourde tâche de réserver les emplacements au camping. C’est de bonne guerre, d’habitude je me pointe la bouche en cœur une fois que tout est installé.

Pré-fouille, puis fouille, rien de pire que d’habitude, les gens affirment dans la file qu’ils veulent bien poireauter, que ça les rassure, et deux gentilles rouennaises proposent de m’aider à porter mes affaires (on ne pourra pas dire que les normands ne font pas d’efforts pour se faire apprécier). 
C’est leur première édition, elles n’ont vu que le camping pour l’instant, elles sont déjà conquises.

Nous verrons ensuite que ça va potentiellement être un problème à court terme, ces centaines de milliers de gens qui savent désormais que le bonheur est dans le Poher (le week end du 14 juillet en tout cas) (ne nous enflammons pas).

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Je traverse le camping mon paréo jaune sur le crâne, après 4 ou 5 « Oh un ananas ! », je m’arrête au stand du Télégramme pour investir dans une casquette. On a sa dignité tout de même… (Genre.) 

J’entre sur la prairie le cœur en fête et me dirige tout droit sur le stand Jampi, la tradition, la faim, le soleil, tout concoure à manger une petite chocolat-sablé breton.
Je me plante devant Dominic Sonic, qui dans mon esprit, était un artiste celtique. Rien à voir. Du rock un peu folk, une dégaine qui m’évoque Nicola Sirkis (oui, bon…), c’est pas mal même si je sais parfaitement que d’ici 15 jours j’aurais oublié son existence.

J’enchaîne avec Lou Doillon, plus par curiosité que par réelle envie. Les gens sont assis, elle nous dit qu’il n’y a pas grand-chose de mieux à faire que de danser et de se rouler des pelles en réponse à la session bowling de la veille.
Elle a une voix pas désagréable mais trop d’effets et de tics sont rapidement lassants.

 

Je file donc voir Ropoporose, une valeur sûre. C’était peut-être un poil trop tôt pour les faire jouer aux Vieilles, le stress semble taquiner Pauline. Mais c’était quand même chouette, cette petite meuf blonde sapée à la garçonne, qui jongle avec les instruments d’un air frondeur (tiens, encore un mot qui revêt une connotation pénible désormais), avec son grand frère batteur complice et ravi.
A suivre assurément. 

 

Je vais écouter Tindersticks et je prends conscience de l’importance du contexte dans l’appréciation d’un concert. Là, à 18h30, quand il fait 30°c (température ressentie), clairement c’est non. Alors qu’au crépuscule je pense que j’aurais beaucoup aimé.

 

Nice ne sera pas tellement évoqué durant ce week end, la priorité dans la vie c’est quand même de savoir à quelle heure et à quel camping on prend l’apéro. Mais pour la première fois, la Marseillaise résonne régulièrement dans les champs, reprise en chœur par une bonne partie de la foule.
S’il avait pris l’idée à un pékin de lancer ce genre de chants les années d’avant, on l’aurait regardé d’un air effaré en enchaînant sur une paillarde ou Santiano.
Je ne sais pas quelle conclusion en tirer, est-ce triste ou beau ? Effrayant ou rassurant ?

(Gros succès également du clapping à l’islandaise, ce qui me plait plus #patriotisme)

 

De toute façon là c’est l’heure d’aller entonner Marylou et On ira tous au paradis avec Michel Polnareff. Qui est bien moins pathétique que ce que j’imaginais, il chante toujours bien.
Bon forcément, le look a un peu vieilli mais ce petit ceinturon avec deux gros étoiles dorées au niveau des testicules, ça force le respect (ou le ridicule, la question reste en suspens).

 

J’abandonne le peroxydé pour continuer mon exploration de l’univers de Vald.
Ce type me fascine un peu depuis qu’un mélomane atterré m’a fait écouter Bonjour. Après avoir fait une tête de six pieds de long et lu des articles dithyrambiques sur plusieurs médias musicaux respectables, j’ai eu la confirmation d’un quelque 6e degré dans l’histoire.
Tant mieux car il faut avouer que ses prods ne sont vraiment pas dégueus. Je ne peux m’empêcher de penser à un Orelsan période Sale pute, que je défendais corps et âme du haut de mes 24 ans.

J’arrive au moment où il fait scander à la foule « SHOOT UN MINISTRE », demande d’arrêter de balancer des verres vides sur la scène et de fermer un peu leur gueule le temps qu’il raconte une histoire.
La Garenne est noire de monde, le blondinet Valentin fête ses 24 ans justement, il est survolté, le public également, et je fais probablement grimper la moyenne d’âge de quelques années.

Mais, pendez-moi s’il le faut, j’ai bien aimé. Et je me suis retrouvée à chanter le refrain de Selfie (que j’ai dans la tête depuis) avec enthousiasme.
Je crois que j’ai envie de le revoir en live… 

 

Je retrouve une tête connue pour Parov Stelar qui joue sur Kerouac. C’est à ce moment-là que nous avons vraiment réalisé que cette année, le festival affichait complet. Impossible de s’approcher à moins de 60m de la scène, je ne voyais même pas les écrans et le son était inaudible (il y a eu un loupé sur Kerouac à ce niveau).

Du coup on finit par lâcher l’affaire et retourner sur Grall voir Soom-T.
Chanteuse écossaise d’origine indienne, prodige du ragga, pas le genre de trucs que j’écoute en boucle mais l’album est plutôt cool. En live ça m’a paru un peu monocorde, elle est tout le temps méga speed, alors certes son flow est impressionnant mais ça manque de nuances. Même le single Broken robots n'est pas sorti du lot.

 

On enchaîne avec N’TO. Je chausse mes nouveaux bouchons sur mesure, mon voisin me jette un regard complice en me montrant les siens « On connait les bailles hein ! », je suis fière de comprendre ce terme de jeunes et de pouvoir répondre (idem pour le mec qui parlait d’un concert en disant que c’était « dar ») (de là à savoir l’orthographier correctement par contre…).
Le set est très très bon. Premier moment de vrai kiff. Que j’interromps en me disant que sinon je vais regretter de ne pas être aller voir Pharrell Williams.

Qui joue sur Kerouac, une petite aberration compte tenu de la notoriété du gars, m’enfin…
C’était un moment assez chaleureux. Le son n’était pas au top comme dit précédemment, compensé par un show à l'américaine avec des danseuses et la présence de Shay Haley, son pote de N.E.R.D. Et je me suis aperçue que je connaissais pas mal de ses morceaux finalement.
J’ai beaucoup aimé son attitude, souriant, généreux, nous faisant affirmer haut et fort « NOT AFRAID », appelant des spectateurs sur scène (les mecs et les enfants ont eu le droit à des checks, les meufs des câlins)(on va pas se laisser abattre hein).

Il a fini en entonnant le début de la Marseillaise. Qui fût reprise par environ 50 000 spectateurs. Et là, je peux te dire que même si je déteste les paroles, je crois que je la chantais en entier pour la première fois, j’avais une petite chair de poule qui n’avait rien à voir avec la température.

(A l’inverse, quand nous sommes plusieurs milliers, à rentrer au camping par des chemins de terre, et que je vois ces gens marchant d’un pas alerte en hurlant « AUX ARMES », ça me fait plutôt flipper)

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C’est donc emplie d’amour et de bienveillance que j’entame le set de Disclosure. Dont les deux bros sont très mignons, très gentils, très doués, prolongeant cette atmosphère de Bisounours dont, je crois, nous avions besoin.
Je n'avais pas un souvenir grandiose de leur set à la Route du Rock, peut-être à cause d'une soirée entière sous la flotte, alors j'ai été ravie de celui-ci !
On notera tout de même une grosse faute de goût dans l’invitation de Brendan Reilly sur un morceau, qui était totalement WTF et cheesy.