[Odesza]

VIEILLES CHARRUES, JOUR III

Dimanche je suis tirée de la tente dès 9h30 car il est déjà l’heure de plier les gaules pour la majeure partie de la troupe. Je fais de même, histoire d’aller poser le barda dans la voiture et tracer la route après les concerts du jour.*
C’est à cet instant, après 12 éditions, que mon rêve le plus cher des Vieilles Charrues se réalise : avoir un sherpa pour porter mes affaires entre le camping et la bagnole (merci).

Nous prenons le petit dèj dans un nouveau resto du centre bourg qui propose une formule crêpe + baguette à volonté pour 5€. A côté de ça faut se taper l’humeur relativement aigre de la tenancière mais ça reste une bonne opération niveau qualité/prix.

 

Dimanche nous ne sommes plus que deux à 13h30 devant la file d’entrée immense de Kerampuilh quand Météo France nous annonce un petit 30°C estival. (Je vous rappelle que nous sommes dans un département où le plan canicule est déclenché dès qu’on dépasse les 23).

Je vais l’écrire ici en me disant que ça vaut pour confession et donc absolution : nous avons honteusement grillé toute la queue. Bon, en même temps ça fait chier d’attendre quand t’as un pass 3 jours, à cause de toutes ces familles qui se pointent aujourd’hui juste pour voir Louane… #snobisme

Les réflexions météorologiques pleuvent (ce sont bien les seules) et ne laissent pas trop de doutes quant à la provenance géographique des spectateurs : « Putain j’en peux plus de ce soleil… » « Sale temps pour les roux ! » « Non franchement le mieux c’est quand y’a un petit crachin rafraichissant ».

Cala dit, par curiosité, je voudrais bien connaitre le nombre de mélanomes nés de cette édition…

IMG_20160718_180258

 

A 14h nous sommes devant Jain, qui tient Kerouac seule en scène avec une énergie de dingue.
Un très bon concert, une belle attitude, ça loop avec des spectateurs, ça jumpe, ça chante, ça sourit, et ça finit avec l’artiste dans une grosse bulle en plastique qui marche sur le public, assez fou !

 

Gros coup de frein dans l’enthousiasme général car c’est Denez Prigent qui prend la suite sur Glenmor. J’aime bien, j’ai été élevée au son de ses albums, mais comment vous dire..?
Le type est un poil austère et c’est le genre de concert dont tu sors généralement avec l’envie de te pendre après avoir entendu 12 gwerzioù qui parlent d’enfants morts bercés par leur père dans leurs linceuls.
Il aura tout de même souri et demandé au public de taper dans les mains, ce qui me pousse à croire que quelqu’un avait dû mettre quelque chose dans son verre à midi.

Son accent, en tout cas, me réjouit, comme celui de beaucoup de festivaliers que je pourrais écouter parler pendant des heures, juste pour avoir le sentiment réconfortant d’être à la maison.

 

On se place idéalement pour Jake Bugg, c’est-à-dire devant, près du canon à eau.

Le set est nickel, Jake est mignon tout plein sous ses Ray-Ban, on dirait qu’il vient de fêter sa quinceanera ! J’ai tout de même l’impression d’entendre les albums à la note près et l’ensemble manque d’un petit supplément d’âme qu’il rodera peut-être avec un peu + de bouteille.

En le regardant, j’imagine un test live de groupes inconnus sur lesquels je devrais déterminer s’ils sont anglais ou pas (sans le son du coup aussi, parce que l’accent est traître) (oui c’est ça, un concert de mimes).

Et pendant ce temps-là, le responsable du canon à eau craque complètement et nous arrose pendant un bon quart d’heure sans s’arrêter. C’est-à-dire qu’on se serait baignés tout habillé, ça aurait été la même.
Pour vous donner une idée : on avait les doigts fripés… 

 

Ensuite on fait une pause bien méritée (je suis déjà en souffrance du dos) parce que quand t’as le choix entre Louane et Lily Wood and the Prick, clairement tu optes pour la paëlla.
C’est l’occasion d’exposer nos désideratas pour la prochaine édition, il est Beyonce, je suis Rihanna, nous tombons d’accord sur Eminem (et Daft Punk évidemment, l’arlésienne du festival).

 

On se relève pour Las Aves dont j’aime plutôt l’album.
Bon.
Je pense que j’avais déjà un a priori avant de les voir, à force d’avoir lu beaucoup d’articles et d’interviews, je trouve ça un peu prétentieux. Principalement la chanteuse qui a l’air de bien se kiffer. Je suis néanmoins consciente de ne pas être totalement objective donc je réserve mon avis à plus tard.

 

Je traine mon compagnon d’infortune (désolée) vers Nekfeu que nous ne verrons pas, tellement la foule est dense et parce qu’ils ont eu la bonne idée de couper la retransmission sur les écrans de Glemnor. Ça avait l’air tout à fait plaisant pourtant, avec la participation du S-Crew et un gros lâchage de serpentins/cotillons.

(Nekfeu a d’ailleurs abandonné son atroce teinture blond platine, ce qui est, en soi, LA bonne nouvelle de la journée) (le mec s'appelle déjà Ken, faut pas pousser la blague trop loin)

 

Au moins nous sommes déjà en place pour Lana Del Rey, dont le concert sera ponctué d’adieux déchirants avec mon seul camarade restant qui préfère aller voir Too Many Zooz et qui n’a même pas le courage de rester pour Odesza (bouuuuh !).

Il y a des arbres et des rideaux en velours sur scène, le show est filmé en noir et blanc et Lana entre, baby doll à la robe blanche avec une couronne de fleurs dans les cheveux et aux minauderies calculées. Ça pourrait être too much mais l’ensemble est tellement bien assumé que je me laisse prendre au jeu.

J’aime bien l’ambiance que ça installe, au coucher du soleil, sur la prairie, elle chante très bien (pour ceux qui douteraient encore), se fend d’un passage de quasiment 10 minutes dans le public pour faire des bisous, des selfies et signer des vinyles, je trouve ça assez classe. Même s’il y a des moments de flottements où l’ennui se fait un peu sentir.

Un bémol tout de même sur les deux choristes cruches qui l’accompagnent dont la participation n’est vraiment pas valorisante pour la gent féminine…

 

Impossible de partir à 22h, il me faut un dernier set qui envoie (et un nouveau dos, si jamais quelqu’un a un plan), donc MOI, je vais voir Odesza ! Ce qui est un très bon choix pour danser de manière désordonnée et terminer ces trois jours dans la ferveur.
D'ailleurs, je me rends compte que je n'ai pas parlé du tapis de lasers qui couvrait le site et faisait comme une structure au dessus de la prairie, c'était très réussi !

Dans Carhaix, c’est Lambé an Dro de Matmatah qui m’accompagne jusqu’à ma voiture, le sourire plaqué sur la face à l’idée de m’asseoir au souvenir de ces 72h délicieuses.

 

Les Vieilles Charrues c’est une sorte d’auberge espagnole, on trouve ce qu’on y apporte. C’est à dire essentiellement de la bière en fait... Mais aussi beaucoup de plaisir, d’amour, de bonne humeur, de lâcher prise et de tolérance.

Lundi je renais au monde réel, c’est assez moche et je vais moucher de la terre pendant trois jours.

IMG_20160717_233938

 

*Ce paragraphe est sponsorisé par les amateurs de vocabulaire des années 70.